Conférence de Gérald Bronner.
Tags: Gérald Bronner, Nicolas Gauvrit, Sociologie
This entry was posted
on Friday, June 24th, 2011 at 00:01 and is filed under Sociologie.
You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed.
You can leave a response, or trackback from your own site.
Vidéo très instructive (également sur le site de l’afis). J’y ai tout de suite pensé en lisant ceci ce matin:
http://minarchiste.wordpress.com/2011/06/22/recommandation-de-lecture-risk-par-dan-gardner-a-lire-absolument/
Bon, bravo au conférencier, très agréable à écouter.
Mais sa pseudo-démonstration me parait critiquable en plusieurs points, si tant est que ce soit une démonstration, ce que je ne crois pas, car au lieu d’aborder les vraies questions, il étaye – au moins dans cette conférence – son idéologie avec les mêmes méthodes qu’il va reprocher à ses “adversaires”. C’est à dire digresser sur les tares du “précautionisme” le plus extrême, s’en référer aux gros titres des médias, aux défauts de l’Internet, où aux décisions politiques faites peut-être pour des intérêts électoraux.
En gros il se confronte à des phénomènes grossiers – des gens qui en sont au stade du “stimuli/réaction” – qui ne sont guères capables de penser – en clair en face de lui la subtilité des arguments n’est pas au rendez-vous. Alors pourquoi se foulerait-il à examiner les arguments. Il n’en relève aucun.
j’aimerais moi relever plusieurs points qui ressortent essentiellement de son discours :
- Il soutient que “certaines décisions doivent ne pas tenir compte de la perte potentielle de vies humaines”, et ceux qui s’en émeuvent font une forme de “chantage” sentimentaliste, incompatible avec “les bonnes décisions à prendre”.
Dans ce cadre, de par son niveau ou sa position sociale, il est évident qu’il se place dans le camp de ceux qui auraient à prendre la décision, et pas dans le camp de ceux qui devront être sacrifiés. C’est très probablement ce que certains théoriciens de plusieurs révolutions ce sont dits – engendrant par là même des millions de morts, et des générations de souffrances. Les exemples concrets ne manquent.
Son raisonnement est l’argument “vie humaine” n’est pas un critère à retenir scientifiquement, car il n’entre pas dans l’équation des buts que nous nous sommes fixés. Ceux qui veulent remettre la vie humaine au centre des décisions et des raisonnements sont des empêcheurs.
C’est terrifiant : mais sur un argument aussi fort : fait-il une démonstration ? Non : il balaye l’argument en rigolant, il fait en sorte de déclarer cet argument comme ridicule et mathématiquement paradoxal. Mais il ne démontre en rien que l’argument est faux, il démontre seulement que cet argument ne l’intéresse pas puisqu’il n’a rien de rationnel ou mesurable. Il est fort dommage qu’il ne s’y attarde pas plus longtemps, puisque c’est au coeur de l’argument de précaution.
Lisez-moi bien : il a peut-être raison. Mais où est la démonstration ? nulle part. Il semble qu’il lui importe juste de dire : il y a des choses à décider, il faut des hommes qui ont le courage de le faire. Il serait amusant de voir comment il prendrait une décision qui remet en cause ses crédit de recherche pour des raisons de rationalisation avec lesquelles il ne serait pas d’accord.
D’autre part, au début de sa conférence, il rappelle l’optimisme des futurologues des années 1900 sur ce que serait notre monde en l’an 2000, et le compare avec les visions négatives/pessimistes de ceux qui auraient à imaginer l’an 2100.
Et ça ne lui pose pas plus de question ! Pourquoi, en un siècle, les gens sont devenus méfiants face aux discours de la science ? Pourquoi ce pessimisme ? Sur ce sujet, qu’il introduit lui-même, mais sur lequel il ne s’attarde pas.
Pourquoi ne s’y attarde-t’il pas ? Difficile de répondre à sa place. Serait-ce que les gens dans nos années 2000 pensent que par la science peut nous arriver autre chose que du bonheur ? que la science peut aussi être dangereuse? Que certaines avancées scientifiques ont causé bien des malheurs ? Que “science sans conscience n’est que ruine de l’âme” ?
Qu’est-ce qui a amené ces doutes, alors qu’avant l’optimisme régnait ? Qu’est-ce qui a retourné les opinions de cette façon.
Cette question évidente, basée sur un constat qu’il rapporte lui-même, il ne lui vient même pas à l’esprit d’y répondre, il n’en parle pas, car il ne la voit pas. Sur une conférence sur le principe de précaution, c’est étonnant. il s’agit bien du sujet dont on parle, du rapport de l’opinion à la science, non ?
Il ne voit pas cette question, car sa “démonstration” consiste essentiellement à prendre des faits sous un angle de mesure mathématique – et à démontrer que l’âme humaine n’est pas mathématique : la belle affaire !
Je crois qu’on le savait déjà : qu’elle est l’utilité de “démontrer” pendant une heure, ce que des siècles de philosophie nous ont déjà appris ?
Comme cet homme à l’air d’être intelligent, je pense que son but est ailleurs, car sinon, il ne ferait ici qu’enfoncer des portes ouvertes.
Alors que veux-t’il nous dire au fond ? C’est difficile à dire, puisqu’il ne le dit pas lui même de manière claire, et qu’il évite à la fois les arguments sophistiqués de ceux qu’il combat, et les questions que soulève les contradictions qu’il relève lui-même.
Je ne peux que supposer que ce qu’il veut, c’est exprimer son désarroi devant des être humains qui ne se comportent pas comme il le souhaite.
Il faudrait qu’il examine chaque instant de sa vie personnelle – ses amours, sa vie intime – et y applique sa règle à calculer qu’il veut appliquer à l’humanité : n’y découvrirait-il pas quelques surprises ?
Bref : cette conférence – intelligente et pleine d’humour – manque singulièrement d’humanité ce qui est grave en soi, et ne démontre rien de clair. Et j’ajoute que je fais parti des sceptiques.
Ph.
Puisque depuis juillet dernier personne n’a juger utile de me contredire – ou de m’approuver (on peut rêver, non ?) sur ma critique des conséquences de l’attitude de Gérard Bronner, l’envie me prend d’en rajouter une petite couche.
Dans l’optimisme, peut-être naïf ou peut-être pas si naïf que ça, des années 1900 et des Jules Verne etc consorts, il n’y avait pas eu la première guerre mondiale. avant, il y avait eu des guerres, oui, des batailles ponctuelles, circonscrites. Et des morts – mais dans des nombres sans commune proportion. Et puis après, ce conférencier semble le compter pour un épiphénomène négligeable, une certaine seconde guerre mondiale. Qui a fait un nombre de mort civils qui dépasse l’entendement.
Cette quantité de mort étant essentiellement due au progrès scientifiques – la bombe atomique étant presque un détail au regard du reste.
Puis la science s’est calmée, un temps. Elle s’est faite douce et généreuse, elle a amené la TV, le réfrigérateur, l’eau courante et chaude dans les foyers. Le téléphone. au moins en occident.
Mais elle depuis un moment, elle répand des OGM, et dénie toute possibilité de contamination, qui sont pourtant scientifiquement prouvé quand certains agriculteur biologiques perdent leur agrément par contamination.
Depuis un moment déjà, elle clone des brebis et des veaux – et l’homme étant un mammifère, qui va croire qu’il y a une réelle différence technique ente cloner un embryon de vache et un homme ?
Le principe de précaution, c’est de dire que la science a maintenant le pouvoir d’aller vers n’importe quelle direction : les plus folles ou les plus vertueuses.
Ce conférencier nie l’évidence de la puissance technique à laquelle la science peut maintenant prétendre.
Il nie la nécessité et surtout la légitimité qu’il y a à se poser des questions.
Se poser des questions ne veut pas dire avoir les réponses. Ca veut dire : dans le doute, hâtons nous de ne pas nous précipiter, dans le doute soyons précautionneux.
Cette attitude de précaution me parait rationnelle, cohérente, mesurée. après tout : nus avons tout le temps pour implémenter des découvertes et des avancées scientifiques. Rien ne presse si des doutes subsistent.
J’aurais apprécié que l’auteur de ce Balado me précise sa position : pour m’expliquer combien je suis dans l’erreur, combien je suis a coté du sujet, combien je n’ai rien compris à la conférence.
Je ne suis pas dans le conflit tout blanc ou tout noir. Ce que dit le conférencier me parait effrayant – et surtout aucunement démontré (voir mon commentaire précédent).
Vous êtes plutôt attaché aux raisonnements honnête et rationnels. Alors si je déraisonne, dites-le moi. Je ne suis d’aucun parti – sauf celui de l’humanisme.
Ph.
Bonjour Philippe,
Je ne suis pas Gérald Bronner. Je ne peux donc pas répondre à sa place. En ce qui me concerne, j’ai trouvé son exposé extrêmement intéressant et pertinent, et ce à bien des niveaux (par ex. lorsqu’il souligne que les non croyants ont tendance à être beaucoup moins actifs que les croyants). Sa dénonciation d’une application simpliste du principe de précaution me semble aussi une très bonne chose. En tout cas à moi cela me parle. Il me semble en effet qu’il s’agit d’un concept qui est mis à toutes les sauces.
En sociologie, je préfère largement un Gérald Bronner à un Pierre Lagrange, par exemple. Au moins avec lui nous n’avons pas droit à une soupe postmoderne.
Fondamentalement, j’ai du mal à comprendre vos critiques. Souvent elles relèvent du “il n’a pas argumenté ce point”: ok, mais c’est une conférence, alors forcément il n’a pas le temps de développer tout en long, en large et en diagonale.
Mais bon, si la conférence vous a donné à réfléchir, c’est déjà cela de prit…
Sceptiquement vôtre,
Re bonjour,
Sans vouloir faire un ping-pong sans fin et stérile, ni confondre votre site avec un forum de discussion, puisque mes critiques sont mal comprises, je vais essayer en faisant le plus court possible de les résumer en d’autres termes.
Gérald Bronner s’attache à démonter les mécanismes du précautionnisme, en se fondant principalement sur des tendances de l’esprit humain à ne pas réagir – selon lui – rationnellement.
Mais, première critique : il ne démontre pas ce que serait pour lui la rationalité. Une des vertus de la science c’est bien de nous apprendre à douter. Prendre le biais de ridiculiser à ce point le doute fait-il avancer la cause scientifique, j’en doute.
Deuxième critique : les précautionnistes brandissant l’argument du danger “à mettre en jeu des vies humaines, ou la vie sur terre” empêcheraient toute parole sereine sur l’analyse bénéfice/risque d’une technique. Donc se soucier de la vie humaine serait un argument à rejeter priori des plateaux de la balance bénéfice risque ? Mais alors qu’il explique au moins ce qu’il met dans ses plateaux. Il remplace la vie humaine par quoi ? Il l’éjecte, tout simplement, comme non rationnel ? Soit, mais ce n’est pas une démonstration, c’est alors un acte tout aussi croyant et péremptoire que ce qu’il dénonce.
Troisième critique : Il débute une argumentation en parlant des OGM, et termine l’argumentaire en concluant que les travailleurs en santé publique sont bien embêtés, eux qui doivent sans cesse prendre des décisions qui implique la vie des gens. S’il lui faut glisser d’un thème à l’autre pour justifier la pertinence du raisonnement… c’est qu’il y a un défaut quelque part.
Quatrième critique : GB prend les arguments les plus grossiers, les astrologues, le monstre du loch Ness, les gros titres de journaux… en regrettant amèrement que les gens ne vont pas voir le détail des publications scientifiques. C’est vrai. Mais ne fait-il pas de même ? Les reproches sérieux qui sont fait aux OGM ne proviennent pas tous de gourous de l’astrologie. Et contre les OGM, certaines propositions sont faites, pas uniquement par des hurluberlus. Nier le fait que certains opposants aux OGM ont quelques arguments qui valent la peine d’être étudiés (et pourquoi pas contredits), mais plutôt utiliser des amalgames avec l’astrologie jettent un peu le discrédit sur l’objectivité de son analyse.
Au passage, s’il dénonce en filigrane certains groupes de pression précautionnistes, l’honnêteté serait de dire que ces groupes ont bien été obligés de se créer, car “en face”, il y a aussi des lobbies puissants, non?
Cinquième critique : sa thèse nous dit qu’il vaut mieux parfois des décisions en petit comité, à l’écart du peuple qui ne sait réagir qu’à l’instinct (de conservation). Voilà un thème très important, central, vital pour notre vie en société. Et donc GB a la réponse, alors que ces questions remplissent des bibliothèques entières de discussions philosophiques depuis l’antiquité. L’absence de nuances sur un tel thème, s’additionnant au rejet apriori des questions relatives à la vie humaines comme chose secondaire… le total commence à devenir presque effrayant.
Sixième critique : parlons concrètement des conséquences de sa thèse.
Le médiator : l’affaire du médiator est bien partie de quelques personnes qui se sont mises à douter, (et qui plus est sur des questions de vie humaines…) et ont eu bien du courage à affronter d’autres croyants. En appliquant les filtres de procédures et les aprioris de pensées préconisées par GB, une certaine Irène Frachon n’aurait-elle pas été par lui été classée dans les précautionnistes empêcheuse de laisser raisonner ceux qui comme lui savent mieux raisonner que les autres.
Parlons des gaz de schistes. Encore un moratoire – donc sujet à désespérer GB. Demandé par des empêcheurs écolos qui ne veulent rien changer à rien, tout ça pour quelques nappes phréatiques. Pourtant on nous annonce maintenant qu’il y aurait des techniques moins polluantes. Encore une fois, en appliquant la méthode de pensée GB… ces problèmes d’extraction ne poseraient aucune question – puisque les problèmes pollution, vie humaine et tutti quanti n’entre pas dans les plateaux de sa balance bénéfice risque.
etc, etc, etc.
——–
Bref : je vous félicite encore une fois pour votre balado qui est souvent passionnant. il ouvre des débats toujours intéressants, j’ai eu envie de réagir à celui-ci.
Ph.
PS en dehors du commentaire:
Comme je comprends que vous n’avez pas forcément envie que votre site web se transforme en forum, et que je ne veux pas avoir l’air de troller, je ne vous en voudrais absolument pas si vous ne souhaitiez pas publier ce commentaire, qui était un peu une forme de réponse à l’incompréhension dont vous me faisiez état, mais qui je crois n’apporte pas d’arguments très différents de ceux exposés dans mon premier commentaire que vous avez eu l’amabilité de publier.
S’il y a un endroit sur le net où il est possible de s’adresser plus directement à GB pour lui faire mes remarques, ça sera aussi bien; Peut-être une adresse web à ajouter dans la description de l’épisode #109.
Je dois avouer que j’ai été un peu déçue par cette entrevue.
Autant je suis d’accord avec le fait que les “non-croyants” soient moins actifs que je trouve certains exemples utilisés moins bien.
L’exemple du vaccin, j’ai compris le principe, mais tout le monde s’entend que ça ne sert à rien de l’acheter puisqu’un vaccin n’est pas un antidote et que si j’ai contracté la maladie, même si j’ai le vaccin, je suis foutue. Mais bon, ce n’est pas si grave.
Seulement, je trouvais que cela manquait de profondeur, et je ne comprends pas l’espèce de guerre aux OGMs. Ce ne sont pas des débiles qui déconseillent les OGMs, ce sont des médecins, des scientifiques et des environnementalistes. Personnellement, je ne suis pas contre l’avance de la science, mais dénigrer ceux qui se questionnent, je trouve cela douteux.
On ne peut pas tout aimer!